Comment chaque tempérament se repose, et comment chacun se repose mal

Le sanguin se recharge auprès des autres, le colérique prend un projet pour une pause, le mélancolique a besoin de solitude, le flegmatique se repose si bien qu'il oublie de repartir. Copier le repos d'un autre épuise.
Un vendredi soir de novembre, une amie s'est installée sur son canapé à sept heures, une lampe allumée et un roman ouvert sur les genoux. Toute la semaine elle s'était promis une soirée tranquille. À sept heures et demie, elle avait écrit à quatre personnes et pris rendez-vous avec deux d'entre elles. Le calme aura duré une trentaine de minutes, et elle n'en supportait pas une de plus. Elle croyait se reposer. Elle faisait l'inverse, et le samedi matin elle s'est réveillée plus fatiguée qu'avant.
La plupart des gens se reposent en suivant un instinct qui ressemble à de la récupération et qui souvent n'en est pas. Récupérer ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. Ce qui recharge l'un épuise l'autre, et si vous n'avez jamais démêlé quel repos est le vôtre, vous pouvez y passer un week-end entier et en ressortir vidé.
Le repos n'est pas une seule chose
Nous parlons du repos comme s'il s'agissait d'une activité unique, à la manière du sommeil. Ce n'en est pas une. Pour un tempérament, se reposer veut dire de la compagnie et du mouvement. Pour un autre, du silence et une porte fermée. Dites aux quatre de se détendre de la même façon et trois d'entre eux en souffriront. Les quatre tempéraments portent chacun un moteur différent, et chaque moteur refroidit à sa manière. Beaucoup se méfient de l'idée même de repos parce qu'ils n'ont jamais essayé que la version qui appartient à quelqu'un d'autre.
Le sanguin prend le calme pour une punition
Le sanguin se recharge au contact des autres. Un long déjeuner, une tablée complète, un programme qui change sans cesse, c'est là que son réservoir se remplit. Laissé seul dans une pièce silencieuse, le sanguin ne se calme pas. Il se dégonfle. Une soirée tranquille lui apparaît comme une petite punition, une soirée qui a mal tourné, alors il attrape son téléphone et la remplit de nouveau de visages.
Son défaut, c'est de ne jamais vraiment s'arrêter. La compagnie lui donne de l'énergie, alors il la cherche encore, et une semaine de bonnes soirées le laisse tourner sur une gaieté qui n'a plus de carburant. Le vrai repos, pour lui, n'est pas la solitude, qu'il déteste, mais un vide court et délibéré, glissé entre les bonnes soirées.
Le colérique appelle un nouveau projet une pause
Le colérique ne tient pas en place. Demandez-lui de prendre un jour de congé et observez. Il ne s'allongera pas. Il passera à une autre tâche, repeindra une clôture, lancera une activité annexe, et appellera cela un changement de rythme. Ce n'est pas du repos. C'est le même feu dirigé vers une bûche plus petite. Le colérique voit le temps mort comme du gaspillage, des heures qui n'ont rien produit, et ce ressentiment le maintient en mouvement même quand le corps demande à s'arrêter.
Cela compte, parce que le colérique sous pression brûle déjà ses propres réserves. Pour voir d'où vient cette pression, l'article sur les quatre tempéraments sous le stress en retrace le chemin. Le repos, pour un colérique, doit avoir un but, présenté comme une récupération avant le prochain effort, sinon il le refuse. Une marche exigeante, une distance fixée, une ligne d'arrivée nette. Du mouvement qu'il peut respecter, tourné vers rien.
Le mélancolique a besoin de profondeur et peut s'y noyer
Le mélancolique récupère par une vraie solitude. Pas un café animé ni un bruit de fond, mais une profondeur véritable, un seul livre, une heure sans interruption. C'est le tempérament qui profite le plus qu'on le laisse tranquille, et à cette condition il revient plus posé et plus clair que tous les autres.
Le danger va dans l'autre sens. La solitude et la rumination passent par la même porte. Le mélancolique peut s'asseoir pour se reposer et glisser, sans même s'apercevoir du changement, dans le ressassement d'une vieille rancune ou d'une inquiétude qu'il répète, jusqu'à ce que le repos soit devenu son propre poids. La profondeur le restaure exactement jusqu'au point où elle commence à l'entraîner vers le fond. Tout l'art consiste à connaître ce bord, et à choisir un repos qui ait une forme, une tâche où les mains sont prises, pour que l'esprit ait un endroit où se tenir.
Le flegmatique se repose trop bien
Le flegmatique est le reposeur naturel, et vraiment doué pour cela. Il peut s'asseoir avec une tasse de thé et tout un après-midi devant lui sans rien demander de plus, et il récupère si discrètement qu'on le remarque à peine.
Son danger est le miroir de celui des autres. Il se repose si facilement que l'élan ne revient jamais. Un dimanche tranquille devient une quinzaine tranquille, l'état de repos devient le lieu où l'on reste, et ce qu'il comptait commencer demeure intact. Le flegmatique n'a pas besoin qu'on l'autorise à se détendre. Il a besoin d'une petite traction extérieure, une heure fixée, quelqu'un qui attend, un début déjà promis. Cela vaut d'être su quand il choisit aussi son travail, ce que la note sur les meilleurs métiers pour chaque tempérament reprend en entier.
Pourquoi vous finissez le week-end encore fatigué
L'idée utile est simple et vaut pour les quatre. Le repos n'est pas une seule chose, et copier la façon de se recharger d'un autre, voilà pourquoi les gens arrivent au lundi encore vides. Le sanguin qui s'impose une retraite silencieuse, le colérique qui essaie de rester allongé sur une plage, le mélancolique traîné à une fête, le flegmatique à qui l'on dit simplement de décompresser, chacun se sert du mauvais outil et s'en veut du résultat.
Trouvez d'abord le vôtre. Si vous n'êtes pas sûr du moteur qui vous anime, le test est un point de départ simple. Ensuite, reposez-vous de la façon qui lui convient, et laissez les autres se reposer à la leur.
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